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mercredi 10 mars 2010

Un nouveau Fonds Monétaire Européen pour secourir un pays de la zone euro ?

La France et l'Allemagne ont trouvé un nouveau sujet de débat dans le contexte de la crise financière grecque. Le gouvernement français, en effet, voit avec réserve la proposition de projet du ministre allemand des finances de créer un fonds monétaire européen (FME).L'idée serait de doter la zone euro d'un instrument aussi rigoureux, et implacable, que le Fonds monétaire international (FMI) pour assainir les comptes d'un Etat de l'Union monétaire menacé de faillite. Pour le ministre chrétien-démocrate allemand, Wolfgang Schäuble, la stabilité de la zone euro a besoin d'une institution qui dispose des expériences du FMI ainsi que de pouvoirs d'intervention analogues.

MUSCLER LA SURVEILLANCE ET LA COORDINATION

L'initiative a trouvé un écho positif auprès de la Commission européenne. Le nouveau commissaire en charge des affaires économiques et monétaires, Olli Rehn est en effet prêt à faire des propositions en ce sens d'ici la fin juin. La création d'une telle institution ne permettra pas d'aider la Grèce à court terme. Mais c'est une façon de tirer les leçons de la crise, de muscler la surveillance et la coordination des politiques économiques et budgétaires, le pacte de stabilité ayant montré ses limites.

Ce FME permettrait, sur le papier, de résoudre la quadrature du cercle. Car pour éviter la faillite d'un Etat membre, les dirigeants de la zone euro ne veulent pas entendre parler d'une intrusion du FMI sur leurs terres. Selon Jean-Claude Trichet, le président de la Banque centrale européenne (BCE), ce serait une humiliation. En cas de crise, la zone euro veut garder la maîtrise des conditions imposées à l'un de ses membres en difficulté, sans partager cette prérogative avec une institution internationale implantée à Washington.

Depuis la création de l'Union monétaire, voici dix ans, les traités interdisent pourtant de renflouer un Etat membre. Une clause à laquelle les Allemands demeurent très attachés, et qui complique les tractations en cours pour soutenir Athènes si nécessaire.

L'émergence d'un FME pourrait permettre de court-circuiter ce principe de non-renflouement, tout en disposant d'un levier pour imposer des conditions strictes, voire des sanctions aux pays qui ne respecteraient pas leurs engagements: notamment la suspension des droits de vote dans les instances européennes, ou celle de certaines subventions.

La discussion ne fait que s'ouvrir. Lundi, la chancelière allemande Angela Merkel a soutenu du bout des lèvres la proposition faite par son ministre des finances, trouvant cette idée bonne et intéressante. La crise grecque a, selon elle, montré que les instruments de l'UE ne sont pas suffisants. La communauté européenne doit pouvoir aider de manière légale et sans difficultés juridiques.

NOUVELLE RÉFORME DES TRAITÉS

Cependant de nombreux points restent à clarifier pour la chancelière notamment concernant indépendance d'une telle institution à l'égard de la Commission mais également sur la somme d'argent qui doit être versée. Elle estime aussi qu'un tel fonds nécessiterait une modification des traités. Un processus complexe comme l'a montré la ratification chaotique du traité de Lisbonne.

La prudence de Mme Merkel rejoint celle de la France. A Paris, on considère cette proposition comme une bonne initiative. Mais on fait aussi valoir que la création d'un FME tel qu'esquissé par M. Schäuble exigerait une nouvelle réforme des traités. Ce qui prend du temps. D'après un représentant français, le FMI s'est bâti en 40 ans, la création d'un FME ne s'improvise donc pas. Or, la gestion de la crise grecque pourrait, si la situation devait de nouveau se dégrader, nécessiter une intervention dans les prochaines semaines. Un expert des questions financières souligne que les problèmes grecs ne permettent pas vraiment à l'UE d'attendre.

L'opposition la plus frontale, est, à ce jour, venue de la BCE. Pour son chef éconnomiste, l'Allemand Jürgen Stark, un tel mécanisme ne serait pas compatible avec les fondements de l'Union monétaire. Cela ne stimulerait pas dans le bon sens et alourdirait la charge de pays aux finances publiques solides. Plutôt qu'un FME, M. Stark préfère une nouvelle réforme du pacte de stabilité.

Source  LE MONDE

Plus d'info  LE MONDE




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